Ce week-end, le cœur de la gastronomie normande battra à Rouen

13/10/2017

    14 et 15 octobre, à la fête du ventre

    De toutes les grandes métropoles françaises, qui plus est à l’heure où les cartes sont brouillées par un découpage régional pas toujours cohérent, Rouen est celle qui porte très légitimement les couleurs du territoire dont elle est le chef-lieu. Rouen c’est la Normandie, toute la Normandie, rien que la Normandie. Par bonheur, l’ancien duché du Conquérant a été réunifié à cette occasion, de sorte que l’insigne cité retrouve, soixante ans après la séparation administrative de 1956, son statut de capitale historique. Gageons que la société normande saura tirer profit de cette restauration pour se rassembler autour d’un certain nombre de valeurs. L’une de ces valeurs est celle qui touche à notre ventre (un Caennais dirait à nos tripes...), en ce sens que le patrimoine alimentaire normand, tant il est porteur de symboles sensoriels fiers et forts, participe des gloires de la France. Malgré les clichés et les caricatures sur la cuisine à la crème et les fromages qui puent, la Normandie est une puissance gastronomique et le demeurera d’autant plus que sa réunification politique permettra aux forces vives de l’agriculture, de la pêche, de l’artisanat, de l’hôtellerie et de l’industrie agroalimentaire d’affirmer leur vigueur et leur spécificité.

    « Un trésor de richesse et de talents »

    À l’heure où la malbouffe est la cause de bien des malheurs, à l’heure où le gouvernement de la République convoque les États généraux de l’alimentation, une région qui cumule un tel trésor de richesses et de talents ne peut que faire face avec optimisme aux défis de l’époque. La cuisine à la crème et les fromages qui puent ? Il est des peuples qui se damneraient pour disposer de tels joyaux. Plus que le témoignage d’un prestigieux inventaire, la gastronomie normande s’inscrit dans la pérennité de l’âme française, et c’est à Rouen, chaque année, lors de la Fête du Ventre, que ce phénomène prend, non sans ferveur, sa dimension sociale, économique et, bien sûr, culturelle.

    Qui peut douter aujourd’hui que le repas gastronomique normand est le fruit d’une culture dont les savoirs se sont transmis, depuis des siècles, grâce à l’obstination et au courage de producteurs, de transformateurs, de créateurs, mais aussi de marchands valeureux ? Ainsi, samedi 14 et dimanche 15 octobre, à l’initiative de Rouen Conquérant, organisme chargé des animations dans la ville présidé par Jean-Claude Talloir, se tiendra la 18e édition de la Fête du Ventre. Remise au goût du temps, la célèbre manifestation des années 1930 (on ne devrait pas hésiter à parler de « foire », au sens médiéval du terme, en souvenir de ces grandes heures où bourgeois et paysans, mais aussi seigneurs et prélats, communiaient dans une euphorie générale en achetant, en vendant, en triquant) transforme comme par magie le cœur de la grande ville en étal, en cuisine, en table, en festin. Ainsi la place du Vieux Marché, celle de la Pucelle, les rues Rollon, Ecuyère, Guillaume Le Conquérant et de la Pie, foisonneront de délices à découvrir tout au long d’un succulent parcours. Puisqu’il nous faut défendre ceux qui ont la mission de nous nourrir et que tous les citoyens consommateurs sont concernés par cet enjeu majeur, voici l’occasion de voir vibrer l’âme normande à travers ses terroirs et ses traditions. S’il est parfois légitime de descendre dans la rue pour exprimer une colère, on a aussi le droit de battre le pavé pour manifester sa joie de vivre dans un si merveilleux pays. Durant ces deux journées, au cours desquelles l’on célébrera le goût juste et les saveurs d’origine, Rouen sera la capitale de la France gourmande.

    Les rues seront pavées de gourmandises

    Cette page ne suffirait pas à présenter chacun des 140 exposants présents à la fête du ventre 2017 mais nous pouvons en signaler certains dont l’activité justifie un détour, étant entendu que tous méritent la visite. En commençant place du Vieux Marché, signalons la présence, côté Hallettes, du beurre, des œufs et des fromages de la ferme du Mont au bec, des poissons fumés de la maison Saint Lo, des rillettes de la ferme de Couillerville ; côté église, du neufchâtel de Sylvie Guérard, du boudin de la charcuterie de Houssel, des yaourts de la Ferme des Peupliers, du pommeau de Michel Jehan (sans oublier le stand de Paris Normandie, près des fondations de l’église Saint Sauveur). En passant par la rue Guillaume le Conquérant, on se régalera des légumes du potager de David Robert, du miel de Lionel Glatigny, des coquilles saint jacques de Fabien Decure, du cidre de la ferme de Cutesson, des saucisses de Pierre Verdière, du fromage de brebis de la Bergerie de la Gâte, des pralines de Christophe Roussel, des biscuits à la peau de lait de Mémé Meuh. Poursuivant par la rue Rollon, il faudra goûter aux poires du domaine Landrin, aux lapins de Bastien Vigne, au calvados de la ferme de Bruquedalle, à l’andouille de Vire de Jean-Paul Lesouef, à la truite fumée de la pisciculture de l’Andelle, aux huîtres de Saint Vaast de Marc Dezenclos, à la crème crue de Baptiste Lemonnier, au miel de Jérôme Fourneaux, au jambon normand de la charcuterie de l’Iton, au cresson de Philippe Desert. Poussant vers la rue de la Pucelle, il faudra s’arrêter chez Hautot pour ses macarons, aux pommes du verger de Belaitre, aux potimarrons d’Emmanuelle Fleury, aux douillons de Chante la vie, à la côte de bœuf normande maturée et persillée de La Boutique Grosdoit. Un détour rue Ecuyère permettra de déguster les escargots du Mont Fossé.

    Les chefs opineront de la toque

    Évidemment à l’honneur, des chefs normands proposeront des animations culinaires destinées à savourer produits et spécialités du terroir. Entre autres, le samedi 14, à 10 h, Marc Andrieux, chef des P’tis Parapluies, préparera une joue de porc Lin aux légumes anciens. À 17 h 15, Gérard Coudray, dignitaire de l’ordre des Canardiers, servira le fameux canard à la rouennaise. Le dimanche 15, à 10 h 45, Fabien Amplement, chef de La Marmite, proposera une déclinaison de pommes, camembert et andouille de Vire, et à 14 h 15, Jonathan Lecourt, chef de Gill côté Bistro, consacrera l’escalope de veau à la normande, crème, pommes et champignons. Bel appétit et bon ventre !

    source : paris-normandie