En Normandie, le phénomène cosplay s’étend

11/09/2017

Ce sont eux qui le vivent. Se glisser dans le costume d’un héros ou d’une héroïne et endosser sa personnalité : le cosplay réunit de plus en plus de passionnés. Ils seront le samedi 16 et dimanche 17 septembre au festival Cidre & Dragon.

    Films, mangas, bandes dessinées, jeux vidéo... Leurs sources d’inspiration ne manquent pas. Pas plus que leur imagination. Dans les conventions comme dans les festivals, ils sont de plus en plus nombreux à se glisser dans la peau d’un héros ou d’une héroïne. Le cosplay (mot-valise qui vient de « costume » et « play », jouer en anglais) monte en puissance depuis une dizaine d’années.

    « Les prémices remontent au club Dorothée dans les années quatre-vingt-dix, explique Morgane Soyer, présidente de l’association rouennaise Hanamatsuri qui pratique le cosplay depuis huit ans. Puis il y a eu Pokemon, Fairy Tail, Naruto... Tous ces personnages ont parlé aux jeunes des années 2000. » À Rouen, le groupe d’amis passionnés s’est étoffé. À tel point qu’en 2013, il a éprouvé le besoin de se structurer et de constituer une association. « Aujourd’hui, nous rassemblons une cinquantaine d’adhérents de Seine-Maritime et de l’Eure. Nous participons à des salons (NDLR : comme à Fécamp le dernier week-end de juillet), des festivals, des conventions... Nous organisons des concours ou donnons des conférences. » Et qu’on ne lui dise pas qu’elle a « le syndrome de Peter Pan » ! La pratique du cosplaying est loin de s’adresser aux enfants.

    Technique et imagination

    « Pour créer le costume et les accessoires, il faut une bonne dose de connaissances et de créativité, détaille Morgane. Savoir faire un patron et coudre, avoir éventuellement des notions techniques pour, par exemple, enrichir le costume de lumières, se documenter sur l’époque, la personnalité du personnage pour adopter sa façon d’être... » Sans compter l’ingéniosité pour utiliser des matériaux de récupération et créer au moindre coût. « Au début, on fouille dans ses placards. Puis on y prend goût et on fait les brocantes ou les magasins de déstockage. » Pour aider les néophytes, Hanamatsuri va mettre en place, à la rentrée, des ateliers de création (facebook.com/Asso.Hanamatsuri).

    Le festival Cidre & Dragon, qui se tiendra le samedi 16 et le dimanche 17 septembre à Merville-Franceville (14), s’inscrit dans les grands rendez-vous annuels de l’imaginaire. Cette convention scénarisée permet à tous les publics de découvrir gratuitement les univers de la Fantasy et, entre autres, le monde du cosplay.

    C’est lors d’une exposition dédiée à la série Game of Thrones que Pierre, un quadragénaire des Andelys, a été touché par le virus il y a trois ans. Déjà membre d’une troupe de reconstitution médiéviste, il possédait une partie de la tenue. « Il fallait peu de chose pour que je ressemble à Jon Snow, explique-t-il. Il suffisait de faire une cape avec deux lanières en cuir croisées. » Le cuir, une matière que Pierre travaille avec habileté. « Ma compagne, Martine, a fait de son côté un boulot énorme pour se confectionner la robe pourpre de Mélisandre. » Leur présence, à l’expo, fait sensation. « Les gens sont venus vers nous pour faire des photos et nous nous sommes pris au jeu. C’était grisant ! » L’an dernier, Pierre « qui aurait aimé exercer un métier lié à la justice » opte pour deux personnages « dans lesquels j’aime à m’identifier ». Green arrow, un justicier de comics appartenant à l’univers de DC Comics, et Léonidas, roi de Sparte, qui repousse avec ses troupes, l’armée perse et meurt en héros sur le champ de bataille. « Pour Green arrow, j’ai acheté le costume principal pour 160 €. J’ai fabriqué l’arc à poulie et les flèches avec de la récup et le carquois en cuir. » Le costume de Léonidas fait appel à toute l’ingéniosité de Pierre. « Je suis fan de cinéma et particulièrement du film 300 de Zack Snyder qui s’inspire du combat de Léonidas. Je collectionne les produits dérivés et j’avais déjà le casque. J’ai fait l’épée avec du balsa et la lance en gaine rigide électrique. Quant au bouclier, c’est une antenne parabolique revêtue de résine utilisée dans l’automobile. » Un costume que, comme les autres, Pierre améliorera au fil du temps (facebook.com/DravenCosplay).

    Parmi la dizaine de ses personnages, dont un elfe noir « pour les fêtes médiévales », c’est celui de Mary Read que préfère Marie. « C’est une femme pirate dans le jeu Assassin’s creed black flag, explique la jeune femme qui habite Verneuil-d’Avre-et-d’Iton. Mais, ce qui me plaît surtout, c’est qu’elle a vraiment existé. Une femme dont j’aimerais avoir la force de caractère. » Pour élargir encore le champ des possibles, Marie pratique le « crossplay », le terme consacré aux joueurs et joueuses qui endossent le costume d’un personnage du sexe opposé au leur. À 29 ans, elle se lance dans un onzième costume, inspiré des Chevaliers du Zodiaque. « Je vais entreprendre pour la première fois la fabrication d’une armure avec de la mousse dense thermoformable. » Selon Marie, un costume représente dix à vingt-cinq heures de travail et coûte de 50 à 70 € pour une tenue « raisonnable » (facebook.com/PyodeKantraArt).

    Le cosplay réussit même à séduire ceux qui ne pratiquent pas. Ainsi, Christophe Hébert, patron de la librairie Le Noctambulle à Louviers, a créé, en 2015, le Salon de l’imaginaire à Acquigny. « Ce sont plutôt les jeunes d’une vingtaine d’années, de la génération manga, qui sont passionnés, constate le presque quadra. Ils s’éclatent. » Fans de mangas et de BD font partie de la clientèle de la boutique de Christophe « et on ne trouve pas ce genre d’événement, qui réunit livres, jeux, cosplay et tout le monde de l’imaginaire, ailleurs que dans les grandes villes. J’ai voulu jouer la carte à la fois de la proximité et de la multidisciplinarité. » Une formule qui marche puisqu’entre la première et la deuxième édition, le nombre d’animations a triplé et de visiteurs presque doublé. La troisième édition se fera toutefois attendre jusqu’en 2018 « parce que c’est une grosse organisation et que le rythme biennal est plus facile à tenir ». D’ici là, curieux et passionnés se retrouveront à la 8e édition de Cidre & Dragon.

    source : paris-normandie