Évreux : le retour de la vigne et du vin sur les rails !

19/12/2017

Réintroduire la vigne et le vin dans l’agglomération d’Évreux ? Une association soutenue par la Ville entend relever le défi. A priori, les coteaux de Saint-Michel et Nétreville s’y prêteraient. Explications.

    «Les jardiniers vignerons des portes normandes », tel est l’intitulé de l’association dont l’objectif est le retour de la vigne et du vin dans la capitale de l’Eure. Un objectif synonyme de retour aux sources puisque le territoire d’Évreux a connu la présence de vignobles des siècles durant. Le quartier Saint-Michel ne s’appelait-il pas jadis Saint-Michel-des-Vignes ?

    L’association a reçu le soutien de la municipalité, sous la forme d’une subvention votée hier soir en conseil municipal afin de financer les primo-investissements. Sans surprise. Guy Lefrand, maire (LR), a depuis longtemps exprimé le souhait de voir la vigne et le vin retrouver droit de cité dans la capitale de l’Eure. Au nom du patrimoine, du terroir et d’une identité normande réaffirmée dont le maire s’est fait le héraut avec la création des Fêtes normandes notamment.

    Hommes de l’art

    Mais pour porter un projet de cette nature, il faut aussi des hommes de l’art. Franck Amisse est de ceux-là. L’Ébroïcien nous avait déjà accordé un entretien à l’occasion de la sortie de son livre Petit cru, ode au vin naturel - lire notre édition du 25 septembre. Œnologue, spécialiste du vin dit « nature », animateur de soirées de dégustation, le quadragénaire fera profiter l’association de ses compétences pour conduire le projet.

    Comment est né ce projet ?

    « Il est né à la fois de l’initiative du maire et de ma volonté de faire revivre la viticulture à Évreux et ses alentours. La vigne appartient à l’histoire ébroïcienne. Il s’agit donc de renouer avec ce passé viticole. Il y a eu jusqu’à 30 hectares de vignes cultivés à Évreux. Nous avons trace d’une culture de la vigne jusqu’au début du XXe siècle, notamment sur les coteaux calcaires de Saint-Michel-des-Vignes. La cause de la disparition de la vigne ici reste incertaine. On pourrait penser qu’elle est liée au phylloxera mais ce dernier était inexistant en Normandie. En revanche, le mildiou ou l’oïdium liés à des cépages inadaptés, tel que le Gouais, ont certainement eu un rôle prépondérant dans la disparition de la vigne. »

    Comment cette renaissance va-t-elle se dérouler ?

    « D’abord, il faut étudier précisément différents profils parcellaires sur les coteaux de Saint-Michel pour en définir le potentiel. En fonction des résultats d’analyses, on choisira le porte-greffe et le cépage le plus adapté qui sera commandé auprès de l’institut viticole référent. Seule certitude, ce cépage sera résistant aux maladies cryptogamiques, telles que le mildiou, l’oïdium, la pourriture grise... Une fois tous ces critères définis, nous créerons le clos. »

    Vers une pleine récolte en 2023 ?

    Quel type de viticulture sera pratiqué dans ce clos ?

    « La viticulture sera naturelle, sans labour et sans traitement, en s’efforçant de déléguer le plus possible à la nature ! Elle recourra à des procédés issus de l’agroforesterie, de la biodynamie, etc. et de toutes autres méthodes naturelles. L’objectif principal est de développer la biodiversité en laissant un couvert végétal. On cherche à multiplier la faune et la flore. Précisons que non-labour, ne veut pas dire non-travail du sol ! Quand on parle de travail du sol, immédiatement l’image du travail mécanique ou manuel vient à l’esprit. Mais le travail du sol c’est surtout celui des racines des plantes qui façonnent le sol à la place des charrues. Elles décompactent et oxygènent la terre en profondeur. Par ailleurs, en choisissant un cépage résistant voire insensible aux maladies, on évite le recours à des produits nocifs pour l’environnement. Nous aurons recours à des apports naturels, sous forme de tisanes, d’extraits fermentés, d’huiles essentielles, de préparations biodynamiques... »

    Quel est le calendrier ?

    « Si nous plantions la vigne au printemps 2019, nous aurions une première récolte et les premières vinifications en 2022 ainsi qu’une première pleine récolte en 2023. En volume, le cadre réglementaire d’implantation d’un vignoble à caractère patrimonial et destiné à une consommation familiale et assimilé, ce qui sera notre cas, nous limite à une superficie maximale de 10 ares (1 000 m²). »

    Y a-t-il des contraintes à l’exploitation de la vigne ?

    « Le site des coteaux est classé Natura 2 000, protecteur en termes d’environnement et de biodiversité. Il interdit certaines pratiques agricoles. Pour la vigne aussi, ce classement implique une réflexion viticole particulière. »

    Et la météo à Évreux, n’est-ce pas un obstacle ?

    « Non, Évreux jouit de conditions climatiques tout à fait compatibles avec la culture de la vigne car il faut raisonner en fonction du cycle végétatif de la vigne. L’ensoleillement à Évreux en période végétative, d’avril à septembre, est suffisant. Il est même supérieur à celui de Reims en Champagne par exemple et il pleut moins dans la Cité jolie. Le danger pour le vignoble ébroïcien tiendra au printemps, aux risques de gelées, d’humidité fortes et de températures basses. Ils augmentent considérablement les risques de maladie comme le mildiou, l’oïdium et d’autres affections qui peuvent engendrer une perte partielle voire totale de la récolte. »

    Avec ces contraintes, n’est-ce une aventure très aléatoire ?

    « Pour toutes ces contraintes, des solutions existent. En choisissant un cépage particulièrement résistant voire insensible aux maladies par exemple, doublée d’un cycle végétatif court, avec des bourgeons secondaires et tertiaires qui prennent le relais en cas de gel printanier des bourgeons primaires... On peut aussi recourir à la pratique du paillage des pieds, à la conduite de la vigne, qui est une liane, sur échalas ou encore en pratiquant la taille tardive... Ce sont autant de moyens pour éviter les risques. »

    Contact : lesjardiniersvignerons@gmail.com

    Propos recueillis par Richard Mesnildrey | Paris-Normandie