Saint-Etienne-du-Rouvray : Malik, passeur d’espoir au Rive Gauche

12/10/2017

Saint-Étienne-du-Rouvray. Abd Al Malik fait résonner les mots d’Albert Camus demain vendredi au Rive Gauche. C’est « L’art et la révolte ». Nos vies à construire au jour le jour...

    Écrivain, rappeur, réalisateur Abd Al Malik présente L’Art et la révolte. Un spectacle unique en son genre, subtil alliage de rap, de jazz-rock, de musique classique et de poésie. Dédié à Camus. Entretien.

    D’où vient votre amour pour Albert Camus ?

    Abd Al Malik : « Je l’ai découvert grâce à L’Étranger et là, premier choc esthétique ! Ensuite, j’ai approfondi la rencontre en lisant son premier livre L’Envers et l’endroit, publié en 1937. Vingt ans plus tard, il en réécrira la préface en disant qu’il est la « source secrète de toute son œuvre ». Il y parle de la beauté du monde, de sa mère, de la pauvreté, de la mort, de sa responsabilité d’artiste, de fidélité à ses origines modestes et de voyages. Finalement, en parlant de lui, Camus me parlait de moi... »

    « Les déterminismes ne sont pas indépassables »

    Est-ce à dire que la pâte venait de rencontrer son levain ?

    « Nos chemins de vie se répondent. Lui comme moi avons vécu dans des quartiers pauvres, Belcourt à Alger pour Camus, pour moi, la cité du Neuhof à Strasbourg. Tous les deux avons grandi en l’absence de père, élevés par une mère seule. C’est comme s’il m’avait offert une feuille de route -déterminante - pour ma vie d’homme et d’artiste. Je le considère comme un grand frère, sa rencontre a été providentielle. Il m’a aidé à m’arracher à l’enfermement de la cité, à dépasser les déterminismes. »

    Votre spectacle est une adaptation libre de « L’Envers et l’endroit »

    « Oui. L’Art et la révolte est une création résolument protéiforme. Elle se décline en trois pièces musicales retraçant les étapes essentielles de la vie de Camus. Dans la première, nous jouons un rap pur et brut, il est question de cette pauvreté qui aliène autant qu’elle isole et humilie l’individu. La seconde, - où je suis accompagné d’un band jazz-rock- symbolise l’ouverture au monde, Camus découvre d’autres milieux que le sien, c’est aussi le temps de son engagement politique. Dans la troisième, on se focalise sur les motifs du soleil et de la lumière qui irriguent l’œuvre de Camus, je les ai associés à un piano-voix de facture classique. »

    « La vie est courte et c’est péché de perdre son temps », disait Camus. Comment entendez-vous cette citation ?

    « Carpe diem ! Ne nous perdons pas dans les concepts et les idées, nous devons être les filles et fils de l’instant parce que l’essentiel est dans la vie. Ce qui n’a jamais empêché Camus d’avoir une vision, un cap, et d’être rigoureux. Alors, même si le monde s’effondre, on doit exercer au mieux notre métier d’être humain en y apportant de la nuance, c’est dire qu’il faut sortir de la pensée binaire : bien ou mal, vrai ou faux, elle n’aboutit qu’à l’intolérance. »

    Vous tournez beaucoup dans les quartiers dits « sensibles »...

    « J’essaie d’aller partout, dans les cités, dans les prisons, dans les favelas en Argentine. En février, j’ai fait venir cinquante migrants à Pleyel. À chacune de mes représentations, je fais en sorte qu’il y ait des gens des cités. Deux dangers guettent l’artiste disait Camus : le ressentiment et la satisfaction. Je veux garder cette attention aux plus fragiles, parler pour les sans-voix, être un passeur d’espoir, et montrer que l’art permet de transcender sa condition. L’éducation et la culture sont des outils contre la radicalisation. On sait très bien décrire l’obscurité, mais personne n’est là pour essayer d’allumer la bougie ! Camus est d’autant plus pertinent aujourd’hui que l’on vit une crise de modèles... »

    « L’art et la révolte », Abd al Malik rencontre Albert Camus. Vendredi 13 octobre, à 20 h 30, au Rive Gauche. Durée : 1 h 15. Tarifs : 25 €/21 €/15 €. Tél. 02 32 91 94 94. Billetterie : inforesarivegauche@ser76.com