Je prends tout pour moi

17/02/2017

Société. Ils se sentent visés pour tout et rien, et de fait, se remettent en question quasi-systématiquement... Pourquoi et pour obtenir quoi se prennent-ils pour le centre du monde ? Afin de satisfaire trois besoins fondamentaux. Et pas des moindres.

    «Je me sens toujours visée, raconte Sophie, 37 ans, scénariste. Une boutade sur les Marseillais ou une remarque sur mon travail, et voilà que je me remets en question ! On ne peut rien me dire. » Amélia Lobbé, psychologue clinicienne et auteure de Vaincre l’anxiété et les crises d’angoisse (Leduc. s éditions), rappelle que « nous sommes tous potentiellement hypersensibles : les jours « sans », nous avons tendance à mal interpréter ce qui nous arrive ». Car le cerveau humain « traduit » toujours la réalité, et un événement, même extérieur, est nécessairement passé à la moulinette de notre propre pensée. D’où ces « distorsions cognitives ».

    JE CHERCHE À ME RASSURER

    Se sentir visé permet de gagner en sécurité. Le psychanalyste Saverio Tomasella, auteur des Relations fusionelles (Eyrolles) remarque « une grande confusion entre soi et l’autre. Lorsque l’on vit une relation sur un mode fusionnel, on ne distingue plus autrui de soi-même. » Puisque l’altérité n’existe pas, ses faits et gestes nous concernent automatiquement. On éprouve, on est, on pense... pareil ! France Brécard, psychopraticienne et auteure du Grand Livre de l’analyse transactionnelle (Eyrolles), poursuit : « En analyse transactionnelle, on parle de symbiose. Et c’est rassurant de ne plus être seul au monde ! » Le psychanalyste reconnaît aussi que, « en se repliant sur soi-même, on se sent plus en sécurité ».

    J’AI BESOIN D’EXISTER

    Ramener à soi le positif (un succès collectif, par exemple) ou le négatif (un échec tout aussi collectif) permet de restaurer une estime de soi défaillante (dans le trop ou dans le pas assez).

    Pour Amélia Lobbé, « les personnes très narcissiques s’offusquent vite : une réflexion sonne comme une critique de leur personne ».

    Donc une remise en cause de leur existence. Et pour ceux qui manquent d’estime, le raisonnement est identique.

    « Ils se sentent mieux en étant l’objet de toutes les attentions, indique France Brécard. Tout plutôt que l’indifférence ! » Avoir de l’importance aux yeux d’autrui et une place dans ses pensées, même si c’est illusoire et peu valorisant, c’est exister.

    JE CONTRÔLE ET DONNE DU SENS À CE QUI ARRIVE

    S’autoproclamer responsable comble un besoin de logique. De cette façon, « nous donnons le sens qui nous convient à des événements qui nous échappent et nous déstabilisent », constate Saverio Tomasella. Certes, telle remarque est injuste, mais culpabiliser nous permet de la comprendre. « Si nous sommes en cause, nous pouvons agir (réparer notre erreur ou nous expliquer) au lieu de subir, de rester dans l’attente ou le doute. Ainsi, nous conservons une forme de maîtrise sur les situations délicates. » Et nous revoilà debout.

    PRENEZ DU RECUL

    Quand un événement extérieur vous contrarie, prenez un temps de réflexion. « Essayez de rationaliser la situation, propose Amélia Lobbé, psychologue clinicienne. De qui provient la réflexion ? S’agit-il d’une personne crédible et importante à vos yeux ? La remarque est-elle justifiée ? » Attendez toujours un moment pour sortir du tsunami émotionnel : vous vous exprimerez à meilleur escient.

    METTEZ-VOUS À L’ÉCOUTE DE VOUS-MÊME

    Il est compliqué de faire la part des choses quand on se prend pour l’autre. Le psychanalyste Saverio Tomasella suggère de se mettre à l’écoute de ses sensations. « Comment vous sentez-vous avant, pendant et après la contrariété ? Que se passe-t-il en vous ? C’est un moyen de distinguer l’extérieur (les faits) de l’intérieur (l’effet). Donc de faire un premier tri qui lève la confusion mentale dans laquelle vous vous trouvez. »

    DEVENEZ ADULTE

    Il s’agit de grandir pour s’éloigner de la symbiose. « En d’autres termes, se séparer, développe France Brécard, psychopraticienne. Constatez vos différences et acceptez-les : vous n’êtes pas responsable de l’autre, comme l’autre n’est pas responsable de vos émotions, de vos actes. » Il est temps de devenir adulte et de relativiser ces messages reçus dans l’enfance – « Sois parfait », « Fais des efforts »... – pour devenir soi.

    LA SOLUTION DE SIMON, ÉTUDIANT EN DROIT

    « Je prenais tout pour moi parce que, finalement, je ne prenais rien, ne voulais rien des autres : les critiques, les remarques mais aussi les compliments, un coup de main, la gentillesse gratuite. C’est là-dessus que j’ai d’abord travaillé pour assouplir mon côté soupe au lait. Accepter de recevoir, oser me réjouir plutôt que de voir le mal partout, l’exprimer par un mot, un sourire, remercier, être reconnaissant. C’est ça qui m’a vraiment aidé à m’ouvrir. »

    A DÉCOUVRIR

    Les Quatre Accords toltèques de Don Miguel Ruiz. Le chaman mexicain propose quatre règles de vie pour mieux se connaître et s’aimer, dont celle-ci : « Quoi qu’il arrive, n’en faites jamais une affaire personnelle » (Jouvence éditions).

    Rubrique réalisée en partenariat avec Psychologies magazine

    site internet : www.psychologies.com

    Source : Paris Normandie